10 janvier 2026 — Par Marie-Claire Dufour
S'installer a la campagne : ce qu'on aurait aime savoir
En 2019, on a quitte notre appartement a Bordeaux pour acheter une vieille maison en pierre avec un hectare de terrain au lieu-dit Le Piqueur, sur la commune du Bugue en Dordogne. On avait 35 et 38 ans, pas d'experience agricole, et une tonne d'enthousiasme. Six ans plus tard, on ne regrette rien, mais il y a quelques trucs qu'on aurait bien aime savoir avant de signer chez le notaire.
Le budget, parlons-en franchement
On a achete la maison et le terrain pour un prix tres raisonnable par rapport a Bordeaux. Mais ce qu'on n'avait pas prevu, c'est le cout des travaux. La toiture a refaire, la fosse septique aux normes, l'isolation, le raccordement electrique a remettre au gout du jour. En trois ans, on a depense quasiment autant en travaux qu'en achat. C'est la realite de l'immobilier rural ancien que beaucoup de gens sous-estiment.
Pour la ferme proprement dite, les investissements sont plus modestes mais constants : clotures, poulailler, outils de jardin, systeme de recuperation d'eau, tunnel maraicher. On a etale sur plusieurs annees et fait beaucoup de recuperation et de bricolage.
L'isolement, la vraie surprise
En ville, quand on a envie d'un cafe avec un ami, on descend au coin de la rue. A la campagne, le voisin le plus proche est a 800 metres, et il faut prendre la voiture pour acheter une baguette. Les premiers mois ont ete difficiles, surtout pour Marie-Claire qui travaillait en teletravail et ne voyait personne de la journee en dehors de Thomas et des poules.
Ce qui nous a sauve, c'est la vie associative locale. Marche du samedi au Bugue, association de jardinage, comite des fetes. C'est la qu'on a rencontre la plupart de nos amis actuels. Les neo-ruraux comme nous sont nombreux en Dordogne, et on se retrouve vite entre gens qui partagent les memes reves et les memes galeres.
Le rythme des saisons impose tout
A Bordeaux, on vivait au rythme des semaines et des weekends. A la ferme, c'est le rythme des saisons qui decide de l'agenda. En ete, on se leve a 6h pour arroser le potager avant la chaleur, on rentre les poules a la tombee de la nuit a 22h. En hiver, les journees sont courtes mais le travail ne s'arrete pas : couper du bois, entretenir les clotures, planifier les cultures.
Il n'y a pas de vacances possibles sans organisation : quelqu'un doit s'occuper des poules et arroser le potager. On a mis en place un systeme de troc avec nos voisins : ils gardent nos betes quand on part quelques jours, et on fait pareil pour eux.
Le conseil qu'on donne a tout le monde
Avant de vous lancer, passez un mois complet sur place. Pas en ete, quand tout est beau. En novembre, quand il pleut, que la boue est partout et que le soleil se couche a 17h. Si vous aimez toujours l'endroit apres ca, foncez.
Les joies qu'on n'echangerait pour rien
Malgre tout ce qu'on vient de dire, la liste des bonheurs est longue. Manger ses propres tomates. Entendre le chant du coq le matin (bon, les trois premiers mois, ca agace, apres on ne l'entend plus). Voir les saisons changer depuis sa fenetre. Savoir exactement d'ou vient ce qu'on mange. Regarder les etoiles sans pollution lumineuse. Laisser le chien courir sans laisse dans un hectare de terrain.
Et puis il y a la fierte de construire quelque chose de ses mains. Le poulailler qu'on a bâti nous-memes (pas droit, mais solide), le potager qui nourrit la famille de mai a novembre, les conserves qui remplissent les etageres de la cave. C'est une satisfaction profonde qu'aucun accomplissement professionnel ne nous avait procuree.
Ce qu'on ferait differemment
- Commencer plus petit : on a voulu tout faire la premiere annee (poules + potager + verger + renovations). On aurait du etaler sur trois ans.
- Se former avant : un stage de permaculture et quelques journees chez un maraicher nous auraient evite beaucoup d'erreurs couteuses.
- Prevoir un budget travaux realiste : multiplier par 2 le budget initial, minimum.
- Garder un revenu exterieur : notre teletravail nous a sauve. Vivre uniquement de la ferme avec un hectare, c'est quasiment impossible.
- S'integrer des le debut : aller au marche, se presenter aux voisins, participer aux evenements locaux. La campagne fonctionne au reseau humain.
La campagne n'est pas un refuge contre la ville. C'est un autre monde, avec ses propres regles, ses propres exigences et ses propres beautes. Il faut y venir pour ce que c'est, pas pour fuir ce qu'on quitte.
Si l'aventure vous tente, commencez par apprivoiser un petit coin de nature. Notre guide sur l'amenagement d'un poulailler est un bon point de depart pour se lancer en douceur, meme avec un simple jardin.
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